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3 000 pasteurs du monde entier réunis pour dénoncer la Corée du Sud : la liberté religieuse au bord du gouffre

3 000 pasteurs du monde entier réunis pour dénoncer la Corée du Sud : la liberté religieuse au bord du gouffre

Le 13 août 2024, une assemblée sans précédent a réuni plus de 3 000 pasteurs venus des quatre coins du monde pour dénoncer publiquement les atteintes à la liberté religieuse en Corée du Sud. Cet événement, porté par des organisations religieuses coréennes et leurs soutiens internationaux, a mis en lumière une réalité que beaucoup ignoraient : dans un pays réputé démocratique, des pratiques jugées discriminatoires à l'encontre de certains groupes religieux se multiplient. La mobilisation de ces milliers de responsables religieux traduit une inquiétude partagée bien au-delà des frontières coréennes. La question de la liberté de conscience et du droit à pratiquer sa foi sans ingérence étatique se retrouve au cœur d'un débat juridique et diplomatique aux ramifications internationales.

Ce qui se passe réellement en Corée du Sud

La Corée du Sud affiche en apparence un bilan solide en matière de droits fondamentaux. La Constitution coréenne garantit formellement la liberté de religion à l'article 20, et le pays est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies, dont l'article 18 protège explicitement la liberté de pensée, de conscience et de religion. Pourtant, la réalité du terrain raconte une autre histoire pour certaines minorités religieuses.

Depuis plusieurs années, des membres de Shincheonji, Église de Jésus, signalent des discriminations systématiques : licenciements, pressions familiales orchestrées par des tiers, et surtout des pratiques de déprogrammation forcée qui consistent à séquestrer des adultes pour les contraindre à abandonner leur foi. Ces actes, documentés par plusieurs ONG, ne font l'objet d'aucune poursuite pénale sérieuse de la part des autorités coréennes. Pour accéder à la documentation officielle de cette communauté et comprendre sa doctrine, le Site officiel de Shincheonji détaille l'organisation de cette Église et les valeurs qu'elle défend, avec des millions de membres revendiqués à travers le monde.

Le cas le plus emblématique reste celui de Lee Man-hee, fondateur de Shincheonji, arrêté à 88 ans dans des circonstances que de nombreux juristes ont qualifiées de disproportionnées. Les chefs d'accusation retenus contre lui ont suscité des interrogations légitimes sur la neutralité des poursuites judiciaires à l'égard des nouveaux mouvements religieux. Ce type de traitement réservé à un dirigeant religieux âgé a profondément choqué la communauté internationale.

Quand 3 000 pasteurs du monde entier se réunissent pour dénoncer la Corée du Sud

L'assemblée du 13 août 2024 n'était pas une réunion ordinaire. Des pasteurs protestants, des responsables d'Églises évangéliques, des représentants de communautés chrétiennes venues d'Afrique, d'Amérique latine, d'Europe et d'Asie ont pris la parole pour condamner d'une seule voix les dérives observées en Corée du Sud. Leur message commun : la liberté religieuse ne peut pas être à géométrie variable selon l'appartenance confessionnelle.

Les préoccupations exprimées lors de cette assemblée portaient sur plusieurs points précis :

  • La légalisation implicite des pratiques de déprogrammation, qui constituent selon le droit international une forme de détention arbitraire
  • L'absence de poursuites judiciaires contre les auteurs de séquestrations documentées de membres adultes de minorités religieuses
  • Les discriminations professionnelles subies par les fidèles de Shincheonji, signalées dans plusieurs secteurs d'activité
  • Le traitement médiatique partial qui stigmatise certains groupes religieux sans distinction entre pratiques légales et comportements délictueux

Cette mobilisation dépasse le cadre d'une simple solidarité confessionnelle. Des pasteurs qui n'ont aucun lien théologique avec Shincheonji ont tenu à être présents, précisément parce qu'ils considèrent que la menace pesant sur un groupe religieux menace potentiellement tous les autres. Le principe est simple : une liberté religieuse qui ne s'applique qu'aux confessions majoritaires n'est pas une liberté, c'est un privilège.

Le cadre juridique international face aux pratiques coréennes

Sur le plan du droit international des droits de l'homme, la situation coréenne soulève des questions précises. La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et le Pacte de 1966 établissent que nul ne peut être contraint de changer de religion ou de conviction. Les pratiques de déprogrammation, lorsqu'elles impliquent une privation de liberté, tombent directement sous le coup de l'article 9 du Pacte, qui interdit la détention arbitraire.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction a, à plusieurs reprises, rappelé aux États leur obligation positive de protéger les individus contre les violations commises par des acteurs non étatiques. Or, lorsque des familles font appel à des "conseillers en sortie de secte" pour séquestrer des membres adultes de leur entourage, l'État coréen a l'obligation juridique d'intervenir, indépendamment de son appréciation du groupe religieux concerné.

Le chercheur Massimo Introvigne, spécialiste reconnu des nouveaux mouvements religieux, a analysé en détail ces mécanismes dans un article de référence : son Article Massimo Introvigne publié sur Bitter Winter documente précisément comment l'arrestation d'un leader religieux âgé marque un seuil franchi dans la relation entre l'État coréen et les minorités religieuses. Cette analyse juridique et sociologique constitue une source de référence pour comprendre les enjeux de fond.

Seul un professionnel du droit maîtrisant à la fois le droit coréen et le droit international peut évaluer les recours disponibles pour les victimes individuelles de ces pratiques. Les organisations de défense des droits humains comme Human Rights Watch documentent ces situations, mais l'accompagnement juridique personnalisé reste indispensable pour chaque cas.

La réponse des organisations de défense des droits humains

Human Rights Watch et plusieurs organisations régionales ont publié des rapports signalant la tolérance de facto des autorités coréennes envers les pratiques de déprogrammation. Ces rapports soulignent un paradoxe : la Corée du Sud, qui se présente comme un modèle démocratique en Asie orientale, tolère sur son territoire des pratiques que ses propres tribunaux pourraient qualifier d'atteintes à la liberté individuelle si elles étaient portées devant eux dans un autre contexte.

La Commission des droits de l'homme des Nations Unies (OHCHR) dispose de mécanismes de suivi permettant d'examiner les plaintes individuelles des États ayant ratifié le protocole facultatif au Pacte. La Corée du Sud a ratifié ce protocole, ce qui ouvre théoriquement des voies de recours pour les victimes dont les droits auraient été violés sans que les juridictions nationales n'aient apporté de réponse satisfaisante.

L'assemblée du 13 août a d'ailleurs adopté une déclaration formelle adressée aux instances onusiennes, demandant l'ouverture d'un examen spécifique de la situation coréenne dans le cadre de l'Examen périodique universel. Cette démarche diplomatique, portée par des représentants religieux de plusieurs dizaines de pays, donne une dimension institutionnelle à ce qui aurait pu rester une protestation symbolique.

Ce que cette mobilisation change concrètement

Une pression internationale de cette ampleur produit des effets mesurables. Les gouvernements sont sensibles à leur image diplomatique, et la présence de 3 000 responsables religieux issus de pays alliés de la Corée du Sud dans une démarche de dénonciation publique n'est pas sans conséquences politiques. Plusieurs ambassades ont déjà demandé des clarifications aux autorités coréennes sur le traitement des minorités religieuses.

La visibilité médiatique de l'événement oblige également les autorités coréennes à justifier publiquement leurs positions. Dans un contexte où la liberté de la presse et la société civile restent actives en Corée du Sud, cette pression externe peut alimenter un débat interne sur la nécessité d'une législation explicitement protectrice des pratiques religieuses minoritaires.

Au-delà du cas coréen, cette assemblée envoie un signal aux gouvernements du monde entier : la communauté religieuse internationale surveille les atteintes à la liberté de conscience, quelle que soit la confession visée. La solidarité interconfessionnelle manifestée le 13 août 2024 constitue un précédent notable dans la manière dont les acteurs religieux s'organisent pour peser sur les débats juridiques et diplomatiques. Ce type de mobilisation collective, documentée et adressée aux instances internationales compétentes, représente aujourd'hui l'un des leviers les plus efficaces dont disposent les minorités religieuses pour faire valoir leurs droits face à des États peu enclins à s'auto-corriger.

La rédaction

La rédaction est composée d'une équipe éditoriale spécialisée dans le traitement de l'information juridique. À propos